Devrait-on installer une plante grimpante sur un mur ? La question est complexe. Aucun mur n’est éternel, tous les murs se dégradent un jour ou l’autre. Plusieurs facteurs peuvent accélérer ou ralentir cette dégradation. La présence de plante grimpante sur un mur peut avoir des effets positifs ou négatifs selon la situation. Contrairement à ce qui est souvent véhiculé, les plantes grimpantes n’augmentent pas globalement le taux d’humidité de l’air près des murs. Les études démontrent que le couvert végétal diminue les écarts d’humidité relative qui ont un impact sur la dégradation des murs.
Les problèmes les plus fréquents causés par des plantes grimpantes sont liés à des murs en mauvais état (fissures, mortier effrité) ou à des plantes qui deviennent trop grandes et trop lourdes. Il faut donc inspecter régulièrement le mur, choisir une espèce dont la taille convient à la surface à couvrir et tailler annuellement au besoin. Une vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) peut couvrir un édifice de 4-5 étages, si la surface à couvrir est plus petite, mieux vaut choisir une plante à plus petit développement.
Le mur et la plante
Un mur de brique ou de pierre bien construit peut durer des centaines d’années. Toutefois, le mur n’est pas un ouvrage immuable. Le mur entier peut parfois bouger en fonction des mouvements du sol. Et de nombreux facteurs contribuent à la détérioration du parement, au fil du temps. Les facteurs physiques incluent les variations rapides d’humidité et de température, le cycle gel-dégel et l’érosion. L’eau de pluie et la pollution atmosphérique peuvent être des facteurs de dégradation chimique. Finalement, l’activité des micro-organismes, les lichens et les racines des plantes peuvent être des facteurs de dégradation biologique. Des vices de construction, des infiltrations d’eau par le toit ou l’humidité interne du bâtiment peuvent aussi participer à la dégradation d’un parement de brique ou de pierre.
En utilisant le mur comme support, les plantes grimpantes créent à sa surface un microclimat. Ce microclimat régule la température et l’humidité relative. Il réduit les écarts extrêmes de température et d’humidité, et protège ainsi le mur contre plusieurs facteurs de dégradation. Les plantes grimpantes empêchent les rayons ultraviolets, la pluie et les polluants atmosphériques d’atteindre directement le mur. Ce qui protège les matériaux de l’érosion physique et chimique. Dans certains cas, la présence des plantes peut cependant aggraver les facteurs de dégradation. Les nouvelles pousses ou les racines des plantes peuvent croître dans les cavités et ainsi abîmer les matériaux. L’humidité constante protège le mur des détériorations physique, mais elle peut également favoriser certains micro-organismes.
Selon les cas, la présence des plantes peut donc avoir un effet protecteur, neutre ou destructeur sur les matériaux d’un mur. Mais de multiples facteurs ont également beaucoup d’influence et devraient être pris en considération avant de décider d’installer ou non des plantes grimpantes. Les plantes grimpantes sont souvent tenues responsables de la dégradation des murs alors qu’elles ne sont que l’une des variables de l’équation.
Avantages des plantes grimpantes
Couvrir un mur de plantes grimpantes est une façon simple d’améliorer la qualité de son environnement tout en embellissant les lieux. La surface foliaire absorbe le CO2 et plusieurs polluants atmosphériques. La couverture végétale réduit grandement les écarts thermiques et les besoins en climatisation.
« … L’effet des murs végétalisés est avant tout lié à la surface couverte plus qu’à la densité de la couverture végétale. La position des feuilles qui vise la maximisation de l’exposition au soleil permet aussi de laisser place à la ventilation naturelle, elle-même favorisée par l’évapotranspiration. Les plantes grimpantes peuvent réduire les fluctuations de température quotidiennes d’un mur de 50 %. Un mur ainsi recouvert ne dépasse guère 30 °C alors qu’un mur nu atteint 60 °C. Des études canadiennes ont démontré que les plantes grimpantes permettent de réduire la température intérieure d’un bâtiment si elles croissent sur les façades sud et ouest… » 4
Impact des plantes grimpantes sur l’humidité près des murs
La vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) et le lierre de Boston (Parthenocissus tricuspidata) s’agrippent aux surfaces à l’aide de petites ventouses. Avec le temps, ces petites ventouses sèchent sur place. Elles n’ont pas pour fonction d’absorber l’eau, elles n’assèchent donc pas le mortier ou la brique sur laquelle elles s’accrochent. Bien que ces ventouses puissent être difficiles à enlever, elles n’endommagent pas les surfaces de briques ou de pierres.
Des chercheurs de l’Université d’Oxford ont évalué pendant trois ans l’impact d’une plante grimpante, le lierre anglais (Hedera helix), sur la conservation ou la détérioration des murs des bâtiments patrimoniaux. Heather Viles et son équipe se sont intéressées, entre autres, à l’impact du lierre anglais (Hedera helix) sur les températures et les taux d’humidité à la surface des murs.
Certaines conclusions de cette étude peuvent s’appliquer aux plantes rustiques au Québec, mais dans une moindre mesure puisque la couverture végétale ici est saisonnière. (En Angleterre, le feuillage du lierre anglais persiste toute l’année.) De plus, le lierre anglais s’attache à l’aide de racines aériennes qui sécrètent des nanoparticules qui modifient la chimie des matériaux du parement. La vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) et le lierre de Boston (Parthenocissus tricuspidata) ne développent pas de racines qui altèrent la chimie des matériaux. En fait, elles ne développent généralement pas de racines aériennes si le milieu n’est pas propice à leur croissance (présence d’eau et de matière organique). Les petites ventouses n’ont pour fonction que le support de la plante.
Les premières données de l’étude indiquent clairement que le couvert végétal réduit de façon importante les écarts d’humidité relative de l’air sous le feuillage. Exemple : par temps secs, l’air est généralement légèrement plus humide. Par contre, par temps très humide, l’air y est plus sec. L’humidité relative est donc plus constante sous le couvert végétal. Il s’agit d’un élément à considérer puisque les variations d’humidité sont un facteur important dans la dégradation des murs.6
L’étude n’a pas pu démontrer de corrélation entre l’humidité relative de l’air sous le feuillage des plantes grimpantes et celles des matériaux constituant le mur. L’orientation, la forme du mur, la présence d’une avancée du toit et la nature des matériaux auraient plus d’impact sur l’humidité des matériaux du mur, qu’ils soient couverts de végétation ou non. Par exemple, le bas des murs est généralement plus humide que le haut du mur, qu’il soit couvert de végétation ou non.
L’étude conclut que la présence des plantes grimpantes réduit les dommages liés aux cycles de variations de températures et d’humidité. De plus, le couvert végétal empêche la pluie et les polluants atmosphériques d’atteindre directement le parement ce qui diminue l’érosion et la dégradation physique et chimique. Toutefois, la présence des plantes grimpantes réduit l’évaporation et maintient une humidité relative ce qui pourrait favoriser certains microorganismes qui sont un facteur de détérioration biologique.6
Plantes grimpantes : recommandations
Les plantes grimpantes ne sont pas recommandées sur le bois sur les surfaces couvertes de déclins (bois, vinyle, aluminium) ou les surfaces peintes. Les cadres de portes ou de fenêtres en bois devraient aussi être protégés des plantes grimpantes. La présence des plantes peut endommager ou décolorer ces surfaces. Les nouvelles pousses peuvent s’introduire entre les lattes et dans les interstices ou les nœuds et créer des dégâts en grossissant.
Il y a consensus entre les chercheurs, les experts de l’industrie de la construction et de l’horticulture : les plantes grimpantes représentent un danger pour les murs fragiles et présentant des imperfections ou lorsque le mortier se fissure ou s’effrite. Si la qualité des matériaux, la préparation du mortier et le remplissage des joints laissent à désirer, le mur sera très vulnérable aux dommages causés par les plantes.
Lorsque le mur est en bon état, les avis sont plus partagés. Plusieurs éléments doivent être considérés pour évaluer l’impact d’une plante grimpante sur un mur de brique. Si le mur est bien construit avec des matériaux de qualité, il peut durer une centaine d’années. La croissance d’une plante grimpante protège le mur de plusieurs facteurs de dégradation ce qui peut prolonger sa durée de vie. Mais certains facteurs de dégradation déjà présents pourraient être aggravés par la présence des plantes et ainsi accélérer la dégradation d’un mur.
Lorsque l’on décide de couvrir un mur à l’aide de plantes grimpantes, il faut prévoir que cette couverture sera permanente. Une fois qu’une plante grimpante est établie, il est préférable de la laisser en place. Retirer une plante grimpante reste toujours possible, mais cette opération est difficile et elle risque d’endommager le mur.
La présence d’une plante grimpante sur un mur de brique ou de pierre nécessite un entretien régulier pendant toute sa durée de vie. Une taille annuelle permet de contrôler sa croissance aux abords des fenêtres, des gouttières, des frises et des corniches de bois. Cette taille annuelle est l’occasion d’inspecter visuellement l’ensemble du mur et de déceler les fissures ou l’effritement du mortier qui pourrait entraîner une dégradation rapide d’un mur couvert de végétation.
Un mur couvert de végétation devient un environnement attrayant pour de nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes. C’est tout un écosystème qui s’installe alors sur les parois d’un mur végétalisé. Certaines personnes n’apprécient pas la présente parfois bruyante, parfois salissante de la nature à proximité des bâtiments.
Plusieurs manufacturiers ont développé des systèmes de câbles pour soutenir les grimpantes. En maintenant les plantes à une distance de 15 à 20 cm des murs, ces systèmes créent une couche d’aération entre le mur et les plantes qui isolent davantage le bâtiment tout en empêchant les plantes d’abîmer le parement. Dans certains projets, ces supports sont intégrés aux plans des façades dès la conception. Cette façon de faire permet de bénéficier pleinement des avantages de la présence des plantes tout en évitant certains inconvénients. Ces systèmes de câbles peuvent être installés sur un mur existant.
Références
1. The Green Fuse: Using Plants to Provide Ecosystem Services, A literature review, Rene Kane : http://ir-dev.library.oregonstate.edu/bitstream/handle/1957/131/SPROUT%20Review%20The%20Green%20Fuse.pdf?sequence=1
2. Green Products: The Use of Vines on Buildings, Josh Stoneman : http://www.greendesignetc.net/GreenProducts_08_%28pdf%29/Stoneman_Josh-Vines%28paper%29.pdf
3. Climbing Vines do not Eliminate Moisture from Walls, A Greener View by Jeff Rugg : http://www.creators.com/lifestylefeatures/home-and-garden/jeff-rugg/climbing-vines-do-not-eliminate-moisture-from-walls.html
4. Rôles des arbres et des plantes grimpantes en milieu urbain : revue de littérature et tentative d’extrapolation au contexte montréalais, Yann Vergriete, Michel Labrecque, IRVB : http://sd-1.archive-host.com/membres/up/709398102/Roledesarbres.pdf
5. Dunnett, N. et Kingsbury, N. (2004) Literally Green Facades. Architecture Week Volume, http://www.architectureweek.com/2004/0728/environment_1-2.html
6. Ivy on walls – biodeterioration or bioprotection? Seminar report, English Heritage : http://www.geog.ox.ac.uk/research/landscape/rubble/ivy/ivy-report.pdf
Monitoring non-structural performance of exterior masonry walls, CNRC : http://www.nrc-cnrc.gc.ca/obj/irc/doc/pubs/nrcc45358/nrcc45358.pdf
Brick Brief, July 2005 : Ivy on Brickwork. The Brick Industry Association : http://rjmorellainspections.com/cgi-bin/index.cgi?action=printtopic&id=42&curcatname=Exterior&img=exterior
Maintenance of Brick Masonry, The Brick Industry Association : http://www.ambrico.com/wp-content/uploads/2010/11/TN46.pdf
